Les enfants trouvés de Paris à Saint-Martin-de-la-Mer

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Le Challenge AZ et sa profusion d’articles me donne parfois quelques idées. En consultant celui de Canopée sur les enfants trouvés de l’Hospice de Joigny, je me suis souvenue qu’en réalisant ma généalogie bourguignonne, j’ai rencontré de fréquents enfants trouvés à Saint-Martin-de-la-Mer (21). Tous venaient de l’Hospice de Paris. Mon SOSA 27, Uranie SULLY, en fait même partie (voir cet article et celui-ci).

L’Hôpital des Enfants trouvés de Paris a été fondé en 1870. Il s’agit d’une section de l’Hôpital général de Paris. Il recueille les enfants « trouvés », c’est-à-dire laissés par leurs parents devant les églises ou devant ses portes. Les enfants en bas âge, non sevrés, sont généralement envoyés à la Maison de la Couche, créée en 1638. Là, des nourrices les recueillent et les alimentent. Puis, souvent à partir d’un an, ils sont envoyés soit dans un établissement de l’Hôpital, soit chez des nourrices qui viennent les chercher et les ramènent dans leur foyer, en campagne. Les nourrices sont rétribuées pour s’occuper d’un enfant trouvé. L’enfant est alors élevé dans un foyer, et la famille nourricière obtient un complément de revenus.



L'Hôpital des Enfants trouvés en 1880

A Saint-Martin-de-la-Mer, de plus en plus de familles accueillent des enfants trouvés de l’Hospice de Paris au milieu du XIXe siècle. On le remarque lors des recensements de population, où ces enfants sont signalés de certaines mentions comme « enfant trouvé », « de l’Hospice de Paris » ou « élève de l’Hospice de Paris ».

Ce qui est étonnant, c’est que Saint-Martin-de-la-Mer est assez éloigné de Paris (258 km). Généralement, les enfants sont envoyés dans des villages situés à environ une centaine de kilomètres de la capitale. Mais il faut noter le rôle important des « meneurs », ces intermédiaires entre l’Hospice et la campagne, qui finissent par créer un véritable réseau autour de leur village. C’est probablement le cas pour Saint-Martin-de-la-Mer au XIXe siècle.



Récapitulatif de la proportion d’enfants trouvés à Saint-Martin-de-la-Mer pour la période 1851-1876

Les villages voisins accueillent également des enfants de l’Hospice de Paris, à une proportion similaire ou moins forte : 11,85% à Brazey-en-Morvan en 1856, 6,7% à Liernais, 5,7% à Thoisy-la-Berchère.

Sur le recensement, ils sont déclarés comme domestiques, ce qui laisse entendre qu’ils ne sont jamais vraiment considérés comme étant de la famille (au moins par les autorités).
Mais le plus souvent, ils restent dans la même famille jusqu’à leur mariage, comme tout autre enfant de la famille. Ils côtoient les parents et amis de leurs « nourriciers », ce qui laisse donc supposer des liens assez forts avec leur famille d’accueil. C’est le cas pour mon SOSA 27, Uranie SULLY, qui a épousé un neveu de sa nourrice. Les nourriciers deviennent donc de véritables familles de remplacement. Au contraire, aux siècles précédents (avant 1761), les enfants trouvés étaient accueillis pour quelques années seulement et retournaient ensuite à Paris.

A titre d’exemple, voici les 47 enfants trouvés recensés en 1856 :

Simon PARSEVEAU, 6 ans, chez Jean IMBERT, 42 ans, et Jeanne FICHOT, 35 ans, qui résident chez Dominique IMBERT, propriétaire de 68 ans, le père de Jean.
Louise VICTOIRE, 18 ans, chez François RONSIN.
Napoléon Alexandre MAYNORD, 7 ans, chez Andoche BAUDION, cultivateur de 42 ans, et Jeanne TIXIER, 40 ans.
Elisabeth RENAUD, 14 ans, chez Nicolas VALOIS, 50 ans, et Jeanne LÉGER, 56 ans.
Alexandre MERGER, sourd-muet de 6 ans, chez Claude COTTIN, 36 ans, et Claudine CHALUMEAU, 35 ans.
Joséphine Jeanne THOMAS, 19 ans, chez Jean NÉAULT, 62 ans, et Claudine COUCHARD, 58 ans.
Eugène DUCRUIT, 3 mois, chez Pierre ROBERT, 35 ans, et Pauline GAUCHER, 35 ans.
Clémentine PÉRONET, 2 mois, chez Dominique PATRU, 44 ans, et Claudine CAYOT, 36 ans.
Jean Baptiste THIERRY, 22 ans, chez Jean RENAULT, 56 ans, et Jeanne REMOISSOMONT (?), 50 ans.
Marie Louise LUCAN, 4 ans, chez Simon CHARLOT, 34 ans, et Étiennette GAUMET, 30 ans. Ils résident chez Claude DONET, et la mère d’Étiennette, Jeanne GAUMET, domestique de Claude DONET.
Léon Louis MARTIN, 11 ans, et Léon DAQUELIN, 3 ans, chez Lazare RENAULT, 42 ans, et Reine LAURE, 39 ans.
Louis Étienne BLOT, 2 ans, chez François RENAULT, 30 ans, et Marie RIGNAULT, 27 ans. Ils hébergent aussi François RIGNAULT, 7 mois.
Georges Édouard MARIE, 14 ans, et Marie Claudine JUGE, 7 ans, chez René RENAULT, 50 ans, et Marie RENAULT, 45 ans.
Charles Édouard SCHERER, 8 ans, et Eugène Émile PALET, 3 ans, chez François LEVILLE, 32 ans, et Jeanne PERNOT, 31 ans. Ils résident chez Jacques PERNOT, le père de Jeanne.
Adolphe GAUCHET, 12 ans, et Marie NAGET, 4 ans, chez Jean GAGEY, 65 ans, et Désirée BASSIFLE, 46 ans.
Théophile FAUCHAIT, 8 ans, et Henry EMONT, 2 ans, chez Dominique RENAULT, 50 ans, et Dominique GUYARD, 50 ans.
Ambroise LOISEAU, 6 ans, chez Émiland RENAULT, 55 ans.
Léon Joseph LAURENT, 12 ans, chez Andoche JACOB, 46 ans, et Jeanne CHARLES, 44 ans.
Paul ARMAND, 4 ans, et Auguste PERTUZON, 3 ans, chez Pierre RIGNAULT, 37 ans, et Marguerite JACOB, 36 ans.
Alphonse RICHARD, 7 ans, et Virginie Ernestine THOUVENIN, 2 ans, chez Jacques JACOB, 38 ans, et Marie GUYARD, 32 ans.
Louis Désiré BONSAN, 6 ans, et Alfred Louis LEROY, 1 an, chez Jean NEVERS, 49 ans, et Jeanne GÉRARD, 44 ans.
Marie FILIEUSE, 1 an, chez François RONSIN, 41 ans, et Marie POMMEREAU, 41 ans.
Léonard ACART, 6 ans, chez Pierrette MARCHAND, 38 ans.
Marie BOQUET, 1 an, chez Pierre POMMEREAU, 62 ans, et Reine OUDIN, 52 ans.
Marie Eugénie COUCHOIX, 13 ans, chez René GEAY, 50 ans, et Jeanne POMMEREAU, 45 ans.
Emilie VALNY, 16 ans, chez Jean SARTHIOT, 40 ans, et Jeanne BOIRE, 30 ans. Ils résident chez Dominique SARTHIOT.
Ulanie LEMERLE, 2 ans, et Joseph LEONARD, 2 ans, chez Adrien CHOUREAU, 50 ans, et Lazarette GAUMONT, 44 ans.
Auguste RICHARD, 22 ans, chez Dominique COUCHARD, 54 ans, et Lazarette COUCHARD, 50 ans.
Françoise Rachel CAVILLER, 14 ans, chez Jean BILLARD, 27 ans et Pierrette COLLARD, 36 ans.
Uranie SULLY, 4 ans, chez Jean BOTTARD, 39 ans, et Pierrette BILLARD, 41 ans.
Marie FIDELIX, 4 ans, chez Pierre VISSUZAINE, 45 ans, et Reine NEAULT, 42 ans.
Jean Baptiste DUVAL, 20 ans, chez Jeanne RATEAU, 67 ans.
Désirée Eugénie CARTON, 18 ans, chez Jean ROUSSEAU, 45 ans, et Jeanne SIMMONOT, 40 ans. Ils résident chez Claude SIMMONOT.
Jacques CARRER, 8 ans, chez Jean BONNARD, 45 ans, et Reine GEUTIN, 57 ans. Ils résident chez Catherine MILLEREAU, 64 ans.
Lévintine DUPRE, 13 ans, chez René DUPUIS, 60 ans, et Marguerite DUPUIS, 60 ans.
Eugène Hippolyte BOUCHER, 4 ans, et Charles Auguste Félix DE SE (?) MAUR, 4 ans, chez Jean MARCHAND, 30 ans, et Claudine JUILLIEN, 30 ans. Ils résident chez Jean MARCHAND, père de Jean.
Auguste DAUTRICHE, 2 ans, chez Pierre LEPEE et Rosalie COLLARD, 36 ans.


Les femmes ont généralement une trentaine d’années lorsqu’elles accueillent l’enfant. Certaines en accueillent plusieurs, en plus de leurs propres enfants.
A noter que plusieurs femmes sont à Paris au moment du recensement. Elles sont décrites comme « nourrices sur lieu ». Elles vont probablement chercher un enfant à mettre en nourrice. Certaines sont dites « travaillant à Paris », on peut se demander si elles ne sont pas également nourrices.

Sources

Blog de Canopée : https://canopeegenealogie.wordpress.com/2015/05/31/challenge-az-2015/
 

Isabelle ROBIN et Agnès WALCH, « Géographie des enfants trouvés de Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles », Histoire, Economie et Société, 1987, volume 6, p.343-360

Archives départementales des Côtes d'Or : actes d'état-civil et recensements de Saint-Martin-de-la-Mer, Liernais, Brazey-en-Morvan et Thoisy-la-Berchère.

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